Tout le monde regarde les GPU. Pendant ce temps, une autre bataille se joue en coulisses.
Quand on parle de la course à l’IA, les mêmes images reviennent : des GPU par milliers, des data centers gigantesques, des racks qui s’empilent et des milliards investis dans la puissance de calcul.
Mais il existe un autre protagoniste, beaucoup plus discret.
La mémoire.
Cette petite barrette que l’on ne regarde presque jamais dans un PC est devenue un composant stratégique de l’industrie informatique. Et l’IA n’y est pas pour rien.
Car pour faire fonctionner des modèles toujours plus gourmands, il ne suffit pas de calculer vite.
Il faut aussi pouvoir alimenter ces calculs en données. Et en quantité.
La RAM : le composant que personne ne regarde… jusqu’à maintenant
Dans un PC, la RAM semble presque anecdotique. Pourtant, elle joue un rôle essentiel : elle permet au processeur de disposer rapidement des données dont il a besoin pour exécuter les applications.
Mais avec l’IA, les volumes changent complètement d’échelle.
Les infrastructures qui font tourner les modèles d’IA utilisent notamment de la HBM (High Bandwidth Memory), une mémoire conçue pour offrir une bande passante extrêmement élevée aux GPU et autres accélérateurs.
Et c’est ici que le sujet devient intéressant.
HBM et DRAM classique appartiennent à la même grande famille de technologies et mobilisent des capacités industrielles qui ne sont pas infinies.
Autrement dit, lorsque la demande en mémoire pour l’IA s’envole, elle ne se contente pas de créer un nouveau marché.
Elle vient aussi exercer une pression sur les capacités qui alimentent les marchés existants.
Samsung estime ainsi que la HBM pourrait représenter près de 30 % de la capacité mondiale de production de DRAM en 2027, contre environ 20 % actuellement.
Une part qui progresse, dans un contexte où la demande en mémoire traditionnelle ne disparaît absolument pas.
Et c’est là que commence la véritable bataille.
Quand l’IA entre en concurrence avec votre prochain PC
Imaginez les capacités de production mondiales comme un gâteau. D’un côté, il faut alimenter les PC et les smartphones. De l’autre, les serveurs traditionnels. Et désormais, il faut réserver une part toujours plus importante aux infrastructures d’IA.
Le problème : le gâteau ne grossit pas instantanément parce que tout le monde en veut une part plus grosse. Les fabricants doivent donc arbitrer leurs capacités de production, notamment au profit des produits destinés aux marchés serveurs et IA.
TrendForce observe justement que les fabricants continuent de privilégier les capacités avancées destinées aux produits serveur. La conséquence se mesure déjà sur les prix : pour le 4ᵉ trimestre 2026, l’institut prévoit encore une hausse de 10 à 15 % des prix contractuels de la DRAM conventionnelle.
Ce qui se passe dans les data centers commence donc à déborder sur le reste du marché. Et votre PC professionnel se retrouve, indirectement, au milieu de cette histoire.
Quelques gigaoctets peuvent finir par peser lourd
À l’échelle d’un seul ordinateur, une hausse du coût de la mémoire peut sembler presque insignifiante. Mais une entreprise ne commande pas toujours un ordinateur. Elle en commande 100. 500. 1 000. Parfois beaucoup plus. À cette échelle, quelques dizaines d’euros deviennent rapidement une vraie ligne budgétaire. Et la mémoire pèse déjà davantage dans le coût de fabrication des machines.
Selon Gartner, DRAM et SSD pourraient représenter jusqu’à 23 % du coût de fabrication d’un PC en 2026, contre 16 % en 2025. L’institut estime également que le prix moyen des PC pourrait augmenter de 17 % sur l’année.
La petite barrette que personne ne regardait devient donc progressivement un sujet de budget, de renouvellement et de stratégie IT.
Alors, faut-il renouveler tout son parc avant qu’il ne soit trop tard ?
Pas nécessairement. Et c’est justement là que le sujet devient intéressant pour les entreprises.
Dans un marché où les composants peuvent devenir plus chers ou plus difficiles à obtenir, la question n’est plus seulement :
« Combien coûte ce PC ? » Mais plutôt : « De quoi avons-nous réellement besoin, et quand devons-nous l’acheter ? »
Un poste bureautique a-t-il réellement besoin de la même configuration qu’un poste de développement ? Un équipement peut-il encore tenir deux ans sans dégrader l’expérience utilisateur ? Certains renouvellements peuvent-ils être anticipés ? D’autres, au contraire, repoussés ?
La réponse dépend évidemment des usages.
Mais une chose devient essentielle : piloter son parc avec davantage d’anticipation.
Gartner estime d’ailleurs que la hausse des coûts pourrait pousser les entreprises à prolonger la durée de vie moyenne de leurs PC d’environ 15 % en 2026.
Prolonger un parc ne signifie toutefois pas conserver indéfiniment des machines vieillissantes.
Il s’agit plutôt de trouver le bon moment pour renouveler, avec le bon niveau de configuration, en tenant compte de l’ensemble du cycle de vie :
prix d’achat + performances + sécurité + maintenance + durée de vie.
C’est là que la gestion du parc informatique prend une autre dimension.
Elle ne consiste plus simplement à remplacer des machines lorsqu’elles arrivent en fin de vie.
Elle consiste aussi à savoir quand acheter, quoi acheter et pourquoi.
La RAM, nouveau pétrole de l’IT ?
On ne la voit presque jamais. On en parle encore moins. Et pourtant, la RAM est en train de devenir l’un des nerfs de la guerre de l’IA. Alors que les data centers engloutissent toujours plus de mémoire, les fabricants doivent arbitrer une ressource industrielle qui, elle, n’est pas extensible à volonté. Résultat : les besoins de l’IA commencent à entrer en concurrence avec ceux des PC et des serveurs traditionnels.
Et cette bataille ne s’arrête pas aux portes des data centers. Elle voyage dans la chaîne d’approvisionnement, jusqu’au bureau de l’utilisateur. Derrière un simple PC se cachent désormais des GPU, des data centers, des usines de semi-conducteurs… et des arbitrages industriels qui peuvent finir par faire évoluer son prix.
La prochaine fois que vous regarderez un PC, ne regardez donc pas seulement ce qu’il sait faire. Regardez ce qu’il faut produire pour le faire fonctionner.